Abdenacer Sayah : «Priorité aux services en ligne»

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  Dans cet entretien accordé à El Watan, le directeur général d’Algérie Poste dresse le tableau de la situation de cette institution qui emploie 22 700 personnes et qui, sur le plan financier, dégage un résultat net de près de 8 milliards de dinars. Il évoque également la modernisation d’Algérie Poste. M. Sayah répond à toutes les questions relatives aux détournements, aux conditions de travail…

- Algérie Poste a lancé en décembre 2016 son service e-paiement, mais deux mois après, les cartes de paiement ne sont toujours pas fonctionnelles. Est-ce simplement un effet d’annonce ?

Non, ce n’est pas un effet d’annonce. La nouvelle carte Edahabia fonctionne pour le paiement des factures d’énergie (Sonelgaz) et d’eau (Seaal). L’e-paiement demeure timide pour l’instant, car c’était le premier cycle (trimestriel) de la réception des factures par les citoyens. Pour le prochain cycle, je m’attends à une augmentation exponentielle des opérations de paiement en rapport avec la disponibilité des cartes. Le système fonctionne et plusieurs utilisateurs se sont dits satisfaits. Ce nouveau moyen leur permet de régler leurs factures à partir de chez eux, en toute sécurité.

- On constate un retard dans le déploiement du service e-paiement, du moins par rapport à ce qui a été annoncé lors de la cérémonie du lancement. Pour quelles raisons ?

Algérie Poste est un gros bateau. Nous avons plus de 5 millions de clients qui utilisent régulièrement l’ancienne carte de retrait. Puis, nous avons lancé la nouvelle carte de paiement. Il est prévu d’en doter 5 millions d’usagers avant la fin mars prochain, mais au préalable il y avait des décisions à prendre : est-ce que nous allons arrêter la carte de retrait ou bien maintenir les deux solutions (retrait et paiement) ? La première décision a été prise en janvier passé. Il a été décidé de balancer dans la nouvelle solution.

Mais les pouvoirs publics ont dit non pour ne pas pénaliser les porteurs des anciennes cartes. Nous avons donc développé un switch qui prend en charge les deux types de cartes. Il y a une autre donnée : nous avons mis en place un système d’interbancarité développé avec la Satim et qui permet aux porteurs de cartes CIB d’utiliser le service de la poste et vice-versa. C’est pour cela que nous avons retardé le calendrier de déploiement de la nouvelle carte.

- D’autres contraintes ?

Nous avons rencontré une autre contrainte qui concerne le numéro de téléphone (pour la réception du code de sécurité par sms). On a reçu beaucoup de plaintes de la part des citoyens qui nous accusent de leur avoir imposé Mobilis. Mais il s’agit, en réalité, d’un écueil technique réglé récemment avec l’opérateur Ooredoo. Nous travaillons maintenant pour solutionner ce même problème avec l’opérateur OTA (Djezzy). Ça sera bientôt fait.

Il y a aussi des retards liés aux commandes de cartes des citoyens ayant fourni un numéro de téléphone qui ne leur appartient pas. Ce problème représente 60% des causes d’annulation des demandes de cartes. Et je signale aux usagers qu’ils peuvent changer de numéro de téléphone. En outre, nous n’avons pas encore distribué les TPE (Terminal de paiement électronique).

Nous avons fait une expérience avec Family Shop et nous avons rencontré des difficultés de configuration des équipements. On envisage de lancer le service en mars prochain. Ce sont là les contraintes que nous avons rencontrées lors du lancement. La carte est là, et ce n’est pas un effet d’annonce.

- Ce système de paiement en ligne est-il tout à fait sûr ?

La nouvelle carte Edahabia est très sécurisée ; à chaque opération, l’utilisateur reçoit un code sur son téléphone mobile avant de valider le paiement et ensuite il obtient un reçu qu’il peut imprimer ou laisser dans sa boîte mail. Ce reçu sert de preuve en cas de problème et le fichier est envoyé au facturier (ex : Sonelgaz, Seaal…). Je demande aux citoyens de passer leurs commandes pour obtenir la nouvelle carte de paiement. Les anciennes cartes seront supprimées et remplacées progressivement.

- Du nouveau concernant la plateforme du web marchand ?

Nous sommes en train de finaliser les aspects techniques.

- Des parties au sein d’Algérie Poste dénoncent des détournements de fonds dont les auteurs seraient toujours impunis et, dans certains cas, ils auraient même obtenu des promotions…

Depuis que je suis en poste et en accord avec Mme la ministre, nous déposons plainte pour la moindre affaire de détournement de fonds, de colis ou de lettres. La personne mise en cause est suspendue en attendant la décision de la justice. Certains trouvent des circonstances atténuantes pour les cas de possession de fonds, mais pour nous c’est un détournement. Toute personne impliquée sera licenciée.

- Pourriez-vous nous dire à combien s’élève le montant détourné ?

Nous n’avons pas encore arrêté le bilan des détournements. Mais je peux vous dire qu’en 2016, le montant n’a pas dépassé les 100 millions de dinars. Durant les années précédentes, ce montant tournait autour de 250 millions de dinars. Nous avons enregistré plus d’une centaine de cas de détournement de fonds depuis que j’ai pris mes fonctions à la tête d’Algérie Poste (février 2015). Je suis intransigeant même avec le partenaire social. Citez-moi un seul cas d’une personne impliquée dans ce genre d’affaires qui n’a pas été sanctionnée.

- Sur le territoire de la wilaya d’Alger, Algérie Poste aurait payé une facture pour des fournitures qui n’ont jamais été livrées…

Donnez-moi les références et je vais porter plainte immédiatement. Même pour les dépassements ayant eu lieu avant mon arrivée à la direction, je dépose plainte. Il y a actuellement plusieurs affaires à Alger-Ouest, Médéa… Il y a des affaires qui remontent à 2010 et des personnes ont été condamnées, comme c’était le cas dans le projet de réhabilitation de la Grande Poste.

On ne joue pas avec ces affaires. Nous avons licencié plus d’une centaine d’employés à cause de leur implication dans des malversations. Je veux rassurer les citoyens et leur dire que leurs dépôts sont garantis par la loi. Il y avait beaucoup de lenteur dans l’indemnisation des victimes d’escroquerie ou de détournements dont les délais pouvaient aller jusqu’à 2 ou 3 ans. On a réduit ce délai. Actuellement, il ne dépasse pas un mois.

- Selon nos sources, un repris de justice occupe un poste à la direction…

Il y a des gens qui parlent du passif. Je sais qu’ils font allusion à une personne citée dans l’affaire de l’acquisition de véhicules (scandale d’escroquerie Sydcars en 2014, ndlr). Mais elle a été disculpée par la justice. Je suis en train d’assainir toutes les situations, soit par des départs à la retraite soit par des licenciements.

Pour les cas des altercations qui peuvent survenir à l’extérieur, si les agents sont condamnés par la justice, on les suspend. Mais pour réintégrer Algérie Poste après avoir purgé sa peine, le concerné doit passer par la commission paritaire. On a quelques cas d’agents impliqués dans des bagarres, des conduites en état d’ivresse…

- Des voix dénoncent des malversations dans la gestion des œuvres sociales…

Effectivement, il y a eu des gens qui ont dénoncé la gestion des œuvres sociales. Nous sommes en train de revoir le système. Nous avons bloqué tous les anciens comptes et ouvert de nouveaux en janvier 2017. L’assainissement des anciens comptes est en cours. C’est vrai qu’il y a des collègues qui n’ont pas remboursé leurs prêts, mais désormais des retenues à la source seront effectuées. Il y a de nouveaux critères de transparence qui entreront en vigueur à partir de ce mois de février. Les comptables vont bénéficier d’une formation dans la gestion des œuvres sociales.

- Après la division de la mutuelle de la Poste et des Télécoms, Algérie Poste, qui compte près de 30 000 employés, aurait obtenu 1 milliard de dinars, contre 3 milliards pour Mobilis. Un commentaire ?

Il y a un plan de redressement qui a été opérée au niveau d’Algérie Poste. Le nombre des employés a nettement baissé. Nous comptons aujourd’hui 22 700 employés. Pour revenir à votre question, les mutuelles relèvent du ministère du Travail. Et les dénonciations de malversations sont prises en charge par l’IGF, la Cour des comptes et les brigades économiques.

- Des travailleurs de votre établissement se plaignent des conditions de travail difficiles, du manque de moyens matériels, à l’exemple des compteuses de billets de banque et les véhicules de transport de fonds…

C’est vrai. En 2015, les guichetiers n’avaient même pas de chaises pour s’asseoir parce que l’acquisition des équipements était centralisée. Mais à partir de 2016, chaque UPW (unité postale de wilaya) s’occupe de l’acquisition des équipements dont elle a besoin. Pour les compteuses de billets, nous avons fait appel à une entreprise publique qui fabrique ces machines. Nous avons acquis plus de 3000 compteuses de billets de banque au niveau national. Cela reste insuffisant pour 11 000 guichets. On ne peut pas tout changer d’un seul coup.

Concernant le transport de fonds, nous avons acheté récemment 10 véhicules blindés en attendant l’acquisition de 10 autres fourgons prochainement. Nous avons un manque de véhicules, mais nous sommes aidés par la gendarmerie et la police. La banque d’Algérie assure également le transport de nos fonds, en plus des véhicules de la société de gardiennage Amnal. On débourse beaucoup d’argent dans le transport de fonds. Cela nous coûte un milliard de dinars par an.

- Qu’en est-il des retards dans l’acheminement du courrier ?

C’est le point noir d’Algérie Poste. Nous avons travaillé, la grande partie de l’année 2016, sur la traçabilité du courrier. On enregistrait des retards de 2 à 3 mois. Nous sommes en train de résorber ce retard.

- Algérie Poste est-elle rentable ?

Oui, Algérie Poste est un établissement rentable. Pour l’année 2016, nous avons des prévisions de clôture de plus de 45 milliards de dinars de chiffre d’affaires et un résultat net qui avoisine les 8 milliards de dinars.

- Quels sont les principaux projets d’avenir d’Algérie Poste ?

Nous réservons de belles surprises aux citoyens. Algérie poste se modernise et nous essayons de sortir chaque mois avec des produits basés sur les TIC. La priorité est donnée aux services en ligne. Notre objectif est de permettre aux citoyens d’effectuer toutes sortes d’opérations sans se déplacer au bureau de poste. 

Farouk Djouadi

Article MEDAFCO: 
Non
Source: 
EL Watan